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Assassinat de France Gérard

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Me Emilien Roubaud, avocat collaborateur au sein du Cabinet Vey & Associés est un des avocats représentant des parties civiles.

 

NANCY – COUR D’ASSISES – Assassinat de France Gérard: « Vous cochez toutes les cases de la culpabilité »

 

En cette avant-dernière journée au procès d’Urbain Lefèvre, accusé de l’assassinat de sa compagne France Gérard, la cour d’assises de Nancy a entendu la famille de la victime, les experts psychiatres et psychologues, ainsi que la première plaidoirie des avocats des parties civiles.

 

Depuis ce vendredi 10 octobre, premier jour du procès d’Urbain Lefèvre, entre les quatre murs de la salle d’audience de la cour d’assises de Nancy, on ne parle que d’elle.

 

Elle ? France Gérard, 54 ans, victime présumée de son ex-compagnon, Urbain Lefèvre, accusé de l’avoir enlevée, tuée puis enterrée sur un terrain lui appartenant, en bordure des bois de Stockem, à côté d’une vieille caravane. Si cinq ans après ce féminicide le sang a séché, les larmes, elles, sont toujours présentes.

 

Comment faire le portrait en quelques minutes à la barre d’un tribunal d’une mère, d’une sœur, d’une amie ? « Formidable » est l’adjectif qui revient le plus pour parler d’elle. C’est ce mot qu’a choisi une de ses sœurs pour la résumer. France Gérard était une femme « souriante »« empathique », qui avait « toujours un mot gentil » pour autrui et qui « faisait passer les autres avant elle », rapporte une voisine devenue amie puis sa belle-fille par le truchement de la vie.

 

Son fils, Renaud, avait du mal à trouver les mots pour parler d’elle. « Je ne sais pas quoi vous dire, ce n’est pas facile », a-t-il lâché pudiquement. Mais il a tenu à parler de l’amour que portait sa mère à son travail comme employée au CPAS d’Arlon. « Elle affectionnait ses petits vieux, comme elle disait. »

 

Une connaissance assure: « Cette femme, il n’y avait rien à lui reprocher. Il y a des choses qu’on ne fait pas, il y a des gens qu’on ne touche pas. »

 

France Gérard était « un soleil », a-t-on encore entendu. Il n’y avait qu’à voir le monde sur le parvis de l’église lors de son enterrement, alors en pleine crise du Covid, pour s’en persuader.

 

« Comme si je lui avais dit que le pot de fleurs était cassé »

 

Tous ceux qui l’ont rencontrée, côtoyée, aimée ont été et sont toujours troublés par sa perte. Tous, sauf une personne: Urbain Lefèvre, son ex-compagnon, qui se tient dans le box des accusés. Quand sa fille Fanny, ce 16 novembre 2020, alors âgée de 14 ans, lui apprend la disparition de France Gérard, il ne cille pas. La jeune fille dira même.  » Quand j’ai annoncé à papa que maman avait disparu, c’est comme si je lui avais dit que le pot de fleurs de la terrasse était cassé. »

 

Cette indifférence, accompagnée d’un petit sourire en coin parfois, est l’attitude que campe Urbain Lefèvre depuis cinq ans. Ici, à son procès, il n’a pas changé d’un iota, le jeu d’acteur en plus, d’après les parties civiles. Alors on s’est demandé: Urbain Lefèvre est-il sénile ou en train de perdre la tête ? Négatif, d’après les experts psychologue et psychiatre qui l’ont examiné. Ce qui trouble, justement, c’est « l’absence de regret, de remords et d’empathie », pour Caroline Rabolini, la psychologue. « Quand bien même Lefèvre soutient l’accident, ça ne permet pas à tout à chacun de faire l’économie d’un sentiment de culpabilité », relève la psychologue. Quant au psychiatre, il le dit « bloqué dans un couloir, incapable d’en changer, même si ça ne le mène nulle part ».

 

« Il n’y a que des aveux qui sauveront votre tête »

 

Lors de sa plaidoirie, Me Émilien Roubaud, qui soutient les intérêts de la famille, dont il a souligné « la dignité exemplaire », a bien tenté de secouer une dernière fois l’accusé de 72 ans.  » Il n’y a que des aveux qui sauveront votre tête qui se fracasse déjà sur les évidences ! »

 

Pour le pénaliste, « le mobile de la rupture qui se profile ne fait aucun doute ».

 

Cela rejoint d’ailleurs des déclarations spontanées – si rares chez Urbain Lefèvre – que l’accusé a faites lors de son premier entretien avec la psychologue. « D’habitude, on se disputait et elle me rappelait après quelques jours, mais cette fois-là, elle m’a demandé de prendre des affaires et au bout d’une semaine, elle n’avait toujours pas appelé… »

Urbain Lefèvre sentait-il que France Gérard en avait assez ? Que « cette fois-là », elle ne le reprendrait pas?

 

Pour Me Émilien Roubaud, « ce n’est pas un crime d’amour, mais un crime d’amour-propre ».

 

Car, la cour l’a compris, chez les Lefèvre, « le nerf de la guerre, c’est l’argent et le patrimoine », avait rapporté à la barre une des ex-compagnes de Jonathan Lefèvre, l’un des fils d’Urbain, déjà menacée de finir « comme France », dans un bois.

 

Alors, d’après Me Roubaud, Urbain Lefèvre décide de faire disparaître France Gérard. L’homme a  » déjà été condamné pour violences conjugales » , rappelle l’avocat, il a « déjà étranglé la victime devant sa fille Fanny », dont seuls les hurlements l’ont stoppé, il a déjà menacé un de ses fils avec un canon sur la tempe. Et puis, il y a ces éléments troublants: « le fait d’avoir changé six fois de version, le sang de France sur son pantalon, cette douille de même calibre que l’arme qui a servi à la tuer retrouvée dans le lit de l’accusé.Vous cochez toutes les cases de la culpabilité, Monsieur Lefèvre, même celles qui vous manquent. » Le réquisitoire est attendu ce vendredi.

Clara Hesse